"Apprentissage junior", la fausse bonne idée

Publié le par Fred

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Présenté lors des événements en banlieues de novembre dernier comme la solution au mal-être des jeunes, "l'apprentissage junior" est donc la mesure phare du plan Borloo pour l'égalité des chances. A partir de 14 ans, ceux qui le souhaitent  pourront entamer un "parcours d'intiation aux métiers" comprenant enseignements généraux, techniques, pratiques et des stages. Ces stages seront rémunérés par les entreprises à hauteur de 50 € par semaine. Il s'agit, dans l'esprit du gouvernement, d'apporter une alternative aux situations d'échec scolaire, en sortant du système ceux pour qui il n'est pas adapté. Je suis plus que perplexe...

On peut partager le diagnostic d'une école qui ne fonctionne pas, qui n'est plus l'ascenceur social sensé produire "l'égalité des chances". Cela ne signifie pas pour autant que la solution se résume à "moins d'école". Car c'est là le projet d'un gouvernement qui parallèlement à "l'apprentissage junior" (mais avec moins de publicité) baisse de 29% le nombre de postes ouverts au capes et à l'agrégation.

L'abaissement de l'âge de la scolarité obligatoire est un contresens historique majeur. La flexibilisation de la demande de travail (développement de l'interim, du temps partiel, des CDD...) accompagné par la précarisation des politiques de l'emploi (contrats bénéficiant d'aides fiscales à durée déterminée, contrat nouvelles embauche...) a profondément modifié les perspectives de carrière : 6 français sur 10 occupent aujourd'hui un poste différent de celui qu'ils occupaient il y a 5 ans, et l'on estime à 50% le nombre de jeunes entrants sur le marché du travail qui connaitront au moins une période de chômage lors de leur carrière. Les statistiques de l'INSEE nous apprennent par ailleurs que cette mobilité externe (emploi-emploi ou emploi-chômage) est d'autant plus grande que l'on est pas qualifié, et d'autant plus grande que l'on travaille dans une petite structure : précisément la cible de "l'apprentissage junior". Il est donc clair qu'à l'avenir, nous aurons de plus en plus non pas une, mais plusieurs vies professionnelles.


Dans ce contexte, le rôle du collège doit être de donner l'enseignement de base indispensable à la polyvalence future des adolescents. Il est sans doute nécessaire de le faire évoluer pour privilégier des compétences comportementales comme l'ouverture d'esprit, le sens critique, les capacités d'adaptation et les méthodes de travail. Il est certainement utile de réflechir à des méthodes d'enseignement plus concrètes qui feraient le lien entre les savoirs dispensés et l'intérêt de les assimiler. Mais il serait criminel de lancer des jeunes dès 14 ans (saviez-vous ce que vous vouliez faire de votre vie, à 14 ans ?) dans une activité sans leur donner les armes pour rebondir et évoluer par la suite. Dans ce même objectif et pour réaliser "l'égalité des chances", je suis par ailleurs favorable à une réforme du DIF de manière à ce que chacun dispose d'un crédit de temps de formation égal, à répartir entre formation initiale et continue, de façon à corriger les inégalités de départ.

Bien sûr, le projet gouvernemental n'est pas dénué de tout sens économique. Malgré le chômage de masse, les candidats manquent dans les métiers de "savoir-faire" : bâtiment (et tout ce que cela implique en plomberie, électricité, isolation, couverture etc...), hotellerie-restauration, commerce de proximité... Et il n'est pas idiot de penser que les jeunes en échec dans le système scolaire trouvent dans ces métiers des voies de réussite. Le mode de transmission des techniques professionnelles par la voie de l'apprentissage est également considéré comme apportant un cadre et des règles de vie qui en font au delà du travail, un moteur d'insertion dans la vie sociale. Tout cela est vrai. Mais je pense précisément que ces petites entreprises font déjà beaucoup de ce travail d'insertion dont l'Etat se décharge, et que cela contribue d'ores et déjà au manque d'attractivité de ces filières à débouché. Je ne crois pas qu'afficher l'apprentissage comme une voie de garage pour "racailles", pour ceux que l'école rejette (car ne nous leurrons pas, le "volontariat" sera soumis à de fortes recommandations du corps académique) soit le meilleur moyen de le revaloriser.

 

A mon sens, l'inadéquation entre offre et demande de travail vient beaucoup de ces préjugés entre deux mondes, celui de l'éducation et celui du travail, qui au mieux s'ignorent, au pire se méprisent. Une meilleure information sur les métiers et les techniques, sur les débouchés qu'ils offrent doit être l'un des moyens de de faire en sorte que chaque collégien murisse son projet d'orientation professionnelle. Cette information ne se trouve pas dans les livres. Elle est dans l'entreprise, dans les stages, et il faudrait faire en sorte que chaque année entre la 6e et la 3e, les collégiens passent une ou deux semaine en entreprise, dans un secteur différent chaque année et avec des objectifs pédagogiques, pour qu'il fasse son opinion en toute connaissance de cause et hors des préjugés de la société. Cela s'adresserait bien évidemment à tous, et pas aux seuls élèves en difficultés. On ne réglera jamais ce problème tant que l'on consdérera qu'il y a des voies plus nobles que d'autres, et tant que les choix des adolescents reflèteront le regard que les adultes portent sur eux. Etre en situation de choisir pour soi-même, c'est là où commence "l'égalité des chances".

 

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fad 09/02/2006 19:44

bonjour, je suis enseignante en français,histoire-géo dans un centre de formation d'apprenti de la chambre de métiers et de l'artisanat. J'aimerai réagir sur cet apprentissage junior et signaler que le nouveau gouvernement n'a rien inventé il n'a fait que réparer une  de ses erreurs. J'explique: à la fin de l'année scolaire en juin 2005 on apprennait que le pré-apprentissage disparaissait, c'est à dire des jeunes de 14 à 16ans qui passaient une semaine en entreprise et une semaine au centre de formation sans rémunération car trop jeunes, ces jeunes sont repartit au collège ou ont leur à proposer cette année une option en troisième de 3 ou 6h de découverte du monde professionnel;et donc l'année prochaine vont revenir au centre de formation avec exactement le même statut qu'auparavant sans aucun changement, car tout ce qui a été annoncé existait déjà. La question est de savoir quel intérêt davoir retiré ces jeunes du centre pendant un an pour leur dire l'année d'après qu'ils peuvent y retourner, cela ne fait que souligner l'incompétence de notre gouvernement qui ne sait absolument pas ce qui convient à ces jeunes fachés avec l'école. Il faut reconnaitre que très peu de pré apprenti pousuivent par la suite un apprentissage. Pourquoi? Le monde du travail les a déçu? Ce n'était pas le métier fait pour eux? La vie des jeunes de leur âge leur manque? Toujours est-il que l'apprentissage junior ne sera pas la solution miracle qu'attend notre gouvernement mais encore une voie de garage pour des jeunes qui à 16ans sortiront du système scolaire sans réelle formation ni diplome.