Prolifération nucléaire : l'échec du "nouvel ordre mondial"

Publié le par Fred

bombe sur nagasaki

La reprise par l'Iran de son programme de recherche nucléaire fait peser de lourdes menaces sur l'équilibre d'une région - le moyen-orient - qui déjà est l'une des plus instables et par conséquent, sur l'équilibre du monde. Aux mains d'un régime fondamentaliste, dont le nouveau président Mahmoud Ahmadinejad souhaite qu'Israel "soit rayé de la carte", on peut légitimement craindre que cette arme soit développée dans un objectif offensif, et non dissuasif comme l'envisage la stratégie militaire depuis 1945. Mais cette situation montre aussi l'impuissance du "club des cinq" puissances nucléaires à rénover la gouvernance mondiale.


Avant la chute du mur de Berlin, tout paraissait simple. L'"équilibre de la terreur" entre Est et Ouest favorisait la bipolarisation du monde, chaque pays ayant intérêt à demander la protection nucléaire de l'une des deux grandes puissances contre les missiles "d'en face". Cela a eu le double avantage de décourager une prolifération largement inutile (il y a bien sûr eu des contre-exemples, mais qui n'ont pas remis en cause le modèle global), et de contribuer à ce que la troisième guerre mondiale, malgré des conflits régionaux très violents (corée, vietnam, afghanistan) reste essentiellement "froide".

 

La dissolution de l'Union soviétique a considérablement changé cette donne. Les conflits régionaux mis sous l'éteignoir de la guerre froide et de l'escalade qu'elle impliquait se sont multipliés. Plusieurs pays (notamment la corée du nord) se sont retrouvés orphelins de la protection nucléaire russe. Le "marché de la prolifération", notamment alimenté par le pakistan, a bénéficié de matériaux et savoirs disséminés à partir des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale... Cela a nécessité une nouvelle doctrine qui a présidé à la première guerre du golfe, au conflit somalien ou au Kosovo : celle du "nouvel ordre mondial". Au droit de la force, cette nouvelle doctrine substitue la force du droit : Respect des frontières, des traités internationaux (dont celui de non-prolifération), des droits des minorités... La gouvernance mondiale est confiée à l'ONU, qui est seule légitime à ordonner le recours à la force. Les infractions au droit international donnent lieu à des poursuite au Tribunal Pénal International.

 

15 ans après, cette gouvernance est un échec. Ses principes sont considérés comme illégitimes par de nombreux états (Iran, Corée, Syrie...) qui n'y voient qu'un déguisement des intérêts Américains, alors même que ces derniers refusent de l'appliquer à eux-même (non ratification du TPI, non respect des engagements de désarmement prévus par le Traité de Non Prolifération). Pire, sous l'administration Bush (W), les Etats-Unis ont rompu avec cette doctrine, lui substituant celle de "l'axe du mal", avec pour conséquences le non-respect du traité de Genève pour les prisonniers de la guerre d'Afghanistan, et l'intervention hors mandat de l'ONU en Irak. En désignant les "Etats voyous" suspects de sympathie pour le terrorisme, les américains les ont encouragé à assurer leurs moyens de défense - fussent-ils nucléaire, à l'opposé de l'effet désiré.


Bien évidemment, l'échelon national n'est plus suffisant pour peser sur la gouvernance mondiale. C'est donc à l'Europe de construire et de porter une politique étrangère et de sécurité fondée sur les principes du droit. La gauche doit y contribuer en proposant une modernisation de l'ONU dont le conseil de sécurité doit être à la fois plus représentatif (Inde ? Brésil ? Japon ? Egypte ? Election de des pays membres ? ) et plus efficace (suppression du droit de veto ?). Elle doit contribuer à réorienter la mondialisation pour en faire un facteur de progrès et non d'inégalités et de spoliations qui nourrit le terrorisme. Elle doit relancer le débat sur l'utilité de la dissuasion nucléaire, dans un monde où la menace est plus diffuse et dont les acteurs avancent cachés. Ces questions relèvent à l'heure actuelle de l'utopie. Mais d'une utopie utile, qui est tout le contraire du pacifisme angélique. Il s'agit de rendre au Monde les outils de recours à la violence légitime.

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