La réaction, c'est "in"

Publié le par Fred

Nicolas Sarkozy l'a confirmé, 2008 verra enfin la « fin des 35 heures »... Certes, mais pour les remplacer par quoi ? Les 37 heures, les 39 heures, les 40 heures ? Non, par le principe de l'accord majoritaire, c'est à dire par la fin de toute durée légale du travail. Ce n'est donc pas Martine Aubry qui est ici visée, mais Leon Blum, l'étendard de campagne du Président. Ce dernier a d'ailleurs expliqué que le Blum qu'il aimait était celui qui a rompu avec le communisme en 1920, mais pas du tout celui du Front populaire. Précision tardive, mais que les électeurs grugés et ministres d'ouverture apprécieront.


Soit dit en passant, c'est surtout l'annonce de la rupture d'avec... le sarkozysme. Concrètement, la fin de la durée légale du travail n'est rien d'autre que la fin des heures supplémentaires si chères au Président. Ceux-qui étaient restés à 39 heures et gagnaient depuis octobre 125% défiscalisées sur 4 de ces heures, ne toucheront plus que 100% (contre 110% minimum avant Sarkozy) et recommenceront à payer des impôts dessus. Ceux qui espéraient racheter comme annoncé le mois dernier leurs jours de RTT à 110% devront à l'avenir les racheter à... 0%. On comprend mieux que le pouvoir d'achat n'ait pas été évoqué hier...


Comme promis, le nouveau locataire de l'Elysée poursuit donc son oeuvre de démolition, pardon, de rupture, d'avec l'ensemble de notre histoire politique et sociale. L'abolition des privilèges héréditaires (4 aout 1789) a vu sa fin dans la suppression des droits de succession ; le droit de grève (25 mai 1864) a été remis en cause ; la mutualisation des risques de santé (19 octobre 1945) est attaquée par les franchises médicales ; la conception assurantielle du chômage (31 décembre 1958) est niée au profit d' un assistanat condamnable ; la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat (9 décembre 1905) est évoquée comme une « souffrance » par un président rappelant la supériorité du « curé » sur « l'instituteur » ; le principe d'individualisation des peines (article 8 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen) est battu en brêche par les peines planchers, tandis que l'on s'apprête à rétablir les lettres de cachet (toujours 1789) avec le maintien en détention pour des crimes non encore commis des détenus qui ont purgé leurs peines pour ceux qu'ils ont commis.


Mais que voulez-vous ? La réaction, c'est « in » et le 18e siècle, c'est « tendance ». Tant est si bien que la gauche est condamnée au ringard d'un conservatisme « old-fashioned » très 20è siècle. C'est tellement vrai que ce blog, qui faisait naguère des propositions de modernisation de la gauche (ca c'est pour booster l'audience) et dont l'auteur pouvait sembler « droitier » à plusieurs de ses camarades (ca c'est pour booster les commentaires), consacre désormais l'essentiel de son temps à devoir défendre des fondamentaux dont on a cru pendant des décennies qu'ils formaient le consensus du pacte républicain.


Au fait, pour ceux qui ne l'auraient pas encore compris, ce n'est ni au militant pacifiste ni à l'avocat des grèvistes qu'étaient destinés les hommages sarkozystes à Jean Jaurès. C'était au patron de presse.

Publié dans Politique

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