Best wishes, Mr. Obama

Publié le par Fred

Les Etats-Unis sont décidément une étrange démocratie. Pour avoir devancé ses concurrents de quelques 200 "precincts" dans le petit Iowa et conquis un avantage de 2 délégués sur les 4000 à désigner pour la convention du parti, Barack Obama apparaît dorénavant comme le favori à l'investiture démocrate. Et cela alors même que l'Iowa n'a jamais choisi un futur président démocrate et que le dernier en date, Bill Clinton, n'y avait obtenu que 3% des voix...

Mais là-bas, et c'est ce qui rend la campagne si passionnante pour les commentateurs politiques, tout se décrypte en termes de stratégie électorale. Hillary Clinton n'a jamais semblé en mesure d'emporter l'Iowa, promis de longue date à John Edwards (qui s'y est installé depuis quelques années dans cette optique) et envisageait sérieusement d'y « faire l'impasse » pour se concentrer sur le « super tuesday » du 5 février, à l'instar du républicain Giuliani. Mais la percée d'Obama l'a contrainte à modifier ses plans et à se lancer , en vain, dans cette bataille.

Attaques répétées sur l'inexpérience de son concurrent, utilisation d'une rédaction d'école élémentaire pour démontrer son arrivisme, allusions à son deuxième prénom (Hussein) et à son père musulman pour laisser entendre qu'il ne saurait pas être ferme face au terrorisme (confusion gravissime entre islam et islamisme de la part d'un démocrate, ignorant que les musulmans sont les premières victimes d'al-quaeda...), tout a été dit par les partisans de la sénatrice de New-York, dont la campagne est pour beaucoup la plus agressive jamais menée par le favori au poste suprême. Mais rien ne semble devoir arrêter l'envolée du sénateur Obama, dans un remake à l'envers des primaires de 2004.

Le favori de l'époque, Howard Dean, était le « candidat de coeur » des démocrates, finalement écrasé par le « candidat de la raison », le très terne John Kerry qui s'est imposé comme le plus solide et crédible, dès les premiers caucus. Hillary Clinton endosse désormais ce rôle, reconnue unanimement comme la plus intelligente et la meilleure sur les dossiers-clés de la campagne, et qui a longtemps fait la course en tête sur cette « évidence ». Mais Obama, plus charismatique, chaleureux et proche des électeurs, a tout misé sur des « early wins » pour démontrer que les démocrates avaient le droit de faire le pari du coeur, pari qu'il est en train de remporter. Il n'a pas simplement emporté un Iowa conservateur et raciste, mais doublé la participation aux caucuses en ramenant les jeunes dans ces austères réunions. Il a rallié l'aile gauche du parti (Bill Bradley, Denis Kucinich) comme les très précieux électeurs « indépendants », il construit une alliance objective avec John Edwards, qui monnayera très certainement son retrait en faveur du futur vainqueur. C'est cette dynamique, plus que les résultats de l'Iowa à proprement parler, qui sont inquiétants pour le camp Clinton.

Au fond, il n'y a pas grande différence entre les programmes des candidats démocrates, ni sur le plan intérieur (couverture maladie universelle, réforme fiscale en faveur des classes moyennes), ni sur le plan international (retrait d'Irak, retour au multilatéralisme, ratification de Kyoto) et l'important est bien la victoire finale de l'un d'eux. Mais je dois confesser une petite faiblesse pour le sénateur de l'Illinois dont j'ai lu le dernier ouvrage. Symboliquement d'abord, tant son profil atypique (métis né d'une mère chretienne du midwest et d'un père musulman kenyan, élevé entre hawaii et l'indonésie) serait un profond signal de changement et de tolérance après 8 ans d'administration néo-conservatrice. Mais plus encore, pour sa brillante lecture de la politique américaine.

On fait souvent l'erreur en France de le décrire comme un candidat ethnique, alors même que la communauté noire lui fait le reproche de ne pas être descendant d'esclave et de ne pas, selon les mots du reverend Jesse Jackson, « partager leurs valeurs ». Non, le seul groupe dont se revendique Barack Obama est celui du changement générationnel. Pas par jeunisme, mais pour tourner la page des années 60. Obama pense en effet que le clivage politique américain demeure structuré par la guerre du Vietnam et le combat des droits civiques, qui a divisé le pays en termes de valeurs et non de politiques. Valeurs instrumentalisées par Reagan qui a transformé le parti républicain en camp de ceux qui « travaillent durs, respectent la loi, soutiennent leur famille et aiment leur pays », renvoyant les démocrates à une « petite élite politiquement correcte, coupée des réalités et adepte du fiscalisme ». Autant d'arguments qui rappellent une campagne plus proche de nous (jusqu'à l'utilisation symbolique de mai 68) et montrent l'évidente filiation idéologique entre le sarkozysme et ceux qui, de Newt Gringrich à George W. Bush ont « fini par croire à ce qu'ils racontaient »...

La déconstruction des mythes néo-conservateurs et la redéfinition de nouveaux clivages idéologiques, propres à notre génération et adaptés aux enjeux du 21e siècle, là est l'ambition d'une présidence Obama, et là réside son succès à incarner le changement autant que le rassemblement.

Que 2008 soit une année d'espoir pour tous ceux qui, en France comme aux USA et partout ailleurs, croient en l'Homme et à sa capacité à prendre son destin en main pour changer le monde.

Publié dans International

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