Réhabiliter la dépense publique

Publié le par Fred

Belle unanimité (de l'UMP au PCF ! ) que celle qui a conduit les travaux de la commission Pébereau sur la dette publique. Difficile en effet de ne pas partager l'inquiétude de cette commission face à l'accroissement inéluctable d'une dette qui représente 66% de PIB (1100 milliards d'euros) et qui pourrait atteindre les 130% dès 2020. Car le poids de la dette fait peser une double menace d'un point de vue politique et même éthique. D'une part, la fuite en avant des déficits est une facilité qui reporte le financement de notre niveau de vie sur les générations futures. D'autre part, le rapport de la dette sur le PIB, plus encore que les critères européens, réduit la marge de manoeuvre budgétaire des Etats et interdit toute politique macroéconomique. Au delà de l'exigence d'assainissement que je partage totalement, ce rapport établit un objectif et des moyens qui sont plus contestables...

Pour revenir dans les clous européens (une dette inférieure à 60% du PIB), le rapport fixe en effet l'objectif de retour à l'équilibre des finances publiques en une législature. Outre le fait qu'en politique économique, il faille se méfier comme de la peste de la beauté des vérités mathématiques, cet objectif sous-tend une philosophie néo-libérale que l'on ne peut cautionner. Considérer que chaque euro dépensé contribue à accentuer la dette, c'est considérer que la dépense publique ne peut pas (ne doit pas ? ) créer de richesse. C'est là une vision réductrice d'un Etat limité à des fonctions régaliennes (police, justice...) et neutre en matière économique. Tout autant que la dette, cette philosophie nie à l'Etat toute légitimité de conduite d'une politique économique, qui devrait être laissée aux seuls mécanismes sensément auto-régulateurs du marché...

La vision d'une gestion purement budgétaire de la dette ne garantit pourtant pas une réduction rapide de celle-ci. Car, comme le rapport le reconnait lui-même : "Il est incontestable que la réduction des dépenses publiques a, toutes choses égales par ailleurs, un impact négatif à court-terme sur la croissance économique". Or cette croissance augmente les rentrées fiscales en élargissant leur assiette (c'est la fameuse "cagnotte" de 2002) et permet de réduire les prestations sociales (par la création d'emploi). Si droite et gauche privilégient les "politiques de croissance" à la gestion budgétaure préconisée par le rapport Pébereau, leurs approches théoriques sont diamétralement opposées, et c'est pourquoi la gauche, afin de clarifier le débat politique, doit avoir le courage de réhabiliter une dépense publique productive.

La politique de "libération des énergies" qui consiste à baisser les impôts et les charges sociales n'a pas relancé la croissance. Pire, en portant l'essentiel des baisses d'impôts sur les plus aisés (baisse proportionnelle de l'IR, réforme de l'ISF, "bouclier fiscal"...) la droite creuse la dette au bénéfice de l'épargne plus que de la consommation.  Face à cette logique, il faut préserver les recettes fiscales pour mieux utiliser nos dépenses dans une logique d'investissement et de soutien à la consommation. Cette politique peut-être menée en utilisant 3 leviers :

- Le levier du "carnet de commandes" : Premier client de l'économie privée française, l'Etat fait vivre directement et indirectement un grand nombre de secteurs d'activités. Cette interventionnisme ne doit pas se limiter à un simple soutien, mais à une orientation de l'économie. Il faut donc accepter l'idée de moins diversifier les commandes de l'Etat pour mieux les concentrer dans les secteurs à haute densité technologique (biotechnologies, logiciels, matériaux, réseaux et télécommunications) pour moderniser nos infrastructures et stimuler une R&D dramatiquement faible en France.

- Le levier de la fiche de paye : Pour réduire la dette, les libéraux proposent de réduire les charges fixes que sont les salaires des fonctionnaires, à grand renforts de slogans, comme la "non-embauche de 50% des départs en retraite"... Face à cette approche comptable, il faut promouvoir la modernisation de l'Etat employeur en examinant sans tabou quelles sont les administrations où des simplifications sont possibles pour produire un même niveau de service, et quels sont celles où l'Etat doit accentuer sa présence pour maintenir ou améliorer ce service. Cela est notamment dans les domaines de la santé, de la recherche ou de l'éducation, que l'on doit considérer comme productifs, au sens où ils améliorent la compétitivité et l'attractivité de l'économie.

- Le levier de la redistribution : La gauche a commis - certes de bonne foi - une erreur politique et économique en concentrant ses efforts redistributifs sur les seuls exclus. Cela a conduit à une stagnation du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes, qui doit être l'un des moteurs de la croissance. Il faut donc soutenir cette consommation, notamment de services (logement, petite enfance, dépendance, travaux...), financer un vrai droit à la formation professionnelle pour valoriser les acquis professionnels et relancer les perspectives d'évolution, et réfléchir à la mise en place, face à la progressivité de l'impôt qu'il faut préserver, à une progressivité inverse des prestations, notamment en matière de santé ou de retraite.

Publié dans Economie - Social

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