Grandes écoles : de la discrimination positive à la fin des concours ?

Publié le par Fred

Jadis temple de la reproduction sociale des élites, Sciences po est devenu en quelques années, et plus encore depuis quelques semaines, le symbole de la démocratisation de l'accès aux études supérieures. A l'origine de cette soudaine popularité, le fameuses conventions ZEP, qui ont permis depuis 2000 à près de 200 élèves, majoritairement issus de l'immigration, de suivre les cours de la rue Saint-Guillaume dans des conditions de réussite comparables à celles de leurs cothurnes.

Bien sûr, l'accès aux grandes écoles ne saurait seul constituer une réponse crédible au mal des banlieues. Mais cette question est centrale au moins pour deux bonnes raisons :
La première est de réparer l'ascenceur social pour ouvrir des perspectives d'avenir à ces jeunes. Comment peut-on imaginer promouvoir la valeur- travail et le goût de l'effort si ceux-ci ne produisent d'autres fruits que -au mieux - un smic -au pire- le travail précaire et le chômage ? Comment peut-on encore s'étonner, tant que l'on ne propose pas de modèle de réussite crédible, qu'une frange de cette jeunesse emprunte la voie de "l'argent facile", de la violence et des trafics en tout genre, voie d'autant moins risquée que l'on estime ne pas avoir grand chose à perdre ?
La seconde - conséquence de la première - réside dans l'urgence pour la France de se doter d'élites à son image multiculturelle. Il est frappant de constater que ceux qui brulent aujourd'hui les voitures sont aussi ceux qui étaient place de la République lors de la réelection de Jacques Chirac. Que ceux qui exhibent aujourd'hui leur carte nationale d'identité devant les caméras sont aussi ceux qui sifflaient hier la marseillaise. Leur rejet de la France n'a d'égal que leur sentiment, plus ou moins justifié, d'être rejetés par elle. Ils aspirent à être considérés comme citoyens, mais ne se reconnaissent pas dans un projet collectif dont ils se sentent exclus.

Faut-il pour cela introduire de la discrimination positive dans l'accès aux grandes écoles ? La proposition du Parti Socialiste d'imposer des quotas (6% des élèves de chaque lycée en classes préparatoires) a eu le mérite , certes provocateur, de poser la question... Car le point le plus problématique est effectivement le recrutement de ces classes préparatoires, qui sélectionnent sur dossier (en accordant une importante non négligable au lycée d'origine) les candidats les plus à même, selon leurs critères, de réussir les concours.

Regardons de plus près le modèle proposé par Sciences po. Il faut ici rappeler que le système de conventions se veut une alternative au modèle du concours, lui même jugé discriminatoire par Richard Descoings, directeur de l'IEP. Sa conviction est que le modèle très républicain du "un même sujet dans un temps unique et  dans les mêmes conditions" n'est qu'un leurre d'égalité, et que sa construction même détermine par avance le profil de celles et ceux qui le réussiront. De fait, le système du concours - à sciences po comme ailleurs - suppose une préparation spécifique à ce concours, un "bachottage" qui se limite à ingurgiter un maximum de connaissances et à reproduire des schémas prédéterminés de raisonnement, d'autant plus accessibles que l'on est issu d'un milieu habitué à manipuler ces concepts. Face à ce modèle, les "conventions zep" proposent une toute autre logique : ce n'est pas l'institution, mais le candidat, qui choisit son sujet d'entrée, charge à lui de présenter un dossier complet et contradictoire sur le sujet, et de le défendre pour en exposer sa synthèse personnelle et ses motivations.

S'il est efficace pour lever le "biais social" propre aux conditions de recrutement de l'enseignement supérieur, pourquoi ne pas dès lors généraliser ce type de procédures ? Le concours repose sur une grave erreur de conception qui fait des grandes écoles une "récompense" accordée aux bons élèves, alors qu'elles sont au contraire un "premier pas", dans la construction d'un parcours professionnel. Il est d'ailleurs remarquable que ce mode de sélection est largement artificiel, et ne correspond en rien aux processus de recrutement que les futurs diplômés connaîtront dans le monde économique "réel". On peut par ailleurs se poser la question de l'intérêt des écoles à recruter des étudiants qui n'ont fait que la preuve de leur capacité à réussir un concours, la cohérence du projet professionnel ou les motivations - points centraux de l'entretien de recrutement classique - n'apparaissant que comme des "compléments d'information" recueillis auprès des seuls admissibles...

Face à la discrimination positive, il est donc possible d'inventer de nouvelles formes de sélection qui permettent un recrutement plus représentatif, mais pas moins performant. Cela suppose de passer d'une logique de sanction à une logique de projet.

Publié dans Société

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jlb 30/12/2005 16:51

c'est les lycées de classe prépas qui se contentent de recruter des élèves aptes à réussir les concours: ça augmente leur taux de réussite à moindre tracas!!