Deux sans-papiers

Publié le par Fred

Alors que l'opinion se félicite de l'intransigeance face à l'immigration illégale - et même d'ailleurs légale - il m'a semblé utile d'illustrer de deux cas concrets, et malheureusement banals, qui sont les "sans-papiers"...

D'abord, madame B, 24 ans. Entrée régulièrement en France en 2005 par le regroupement familial (Algérienne, elle a épousé un Français de même origine), elle décide l'an dernier - comme 70% des femmes dans la même situation - de travailler, et de reprendre en parallèle ses études d'infirmière. Terrible malentendu pour l'époux et la belle-famille qui n'imagine pas cette femme ailleurs qu'au foyer... s'en suivent adultère, menaces verbales et physiques, harcèlement téléphonique et tout le toutim. Après six mois de ce régime, Madame B. demande le divorce... Sitôt celui-ci prononcé, la préfecture l'informe que "les conditions d'octroi de son titre de séjour ne sont plus réunies", et lui demande de quitter le territoire, son emploi et sa formation, pour retourner dans un pays où sa condition de femme divorcée lui interdira de refaire sa vie conformément à ses aspirations de jeune femme moderne et émancipée...

Telle est en France la condition juridique de ces femmes qui - à l'heure où le gouvernement s'emploie à leur demander le respect des "valeurs de la République",
se trouvent en situation de dépendance totale à leur époux, qui à ainsi le droit de vie ou d'expulsion sur elles. Comment ignorer que cette minorité légale - que Sarkozy à étendu de deux à cinq ans - les poussent à devoir accepter l'ensemble des pratiques (isolement culturel et social, violences conjugales, mariages forcés ou mutilations sexuelles des enfants...) que nous prétendons refuser ?

Mais venons-en au cas de monsieur S. Arrivé pendant la guerre d'Algérie avec ses parents - il avait alors 1 an - il passa sa jeunesse en France jusqu'à l'âge de 26 ans, sans avoir demandé à sa majorité la naturalisation à laquelle il avait droit, du fait du fameux "mythe du retour" qui nourrit les rêves de nombreux Algériens. Contrairement à beaucoup d'autres, il y est rentré pour reprendre un commerce familial. Mais gravement malade depuis son enfance, il voit son état de santé se détériorer jusqu'à perdre sa motricité et une part de sa vue, et décide de revenir en France, auprès de ses parents, frères et soeurs, pour se faire soigner. 

Son état nécessitant une prise en charge dans une structure spécialisée de Lyon qui n'a pas d'équivalent algérien,
il bénéficie de droit pendant 6 ans d'un titre de séjour pour raison de santé, jusqu'à cette année où on le lui retire pour lui intimer l'ordre de partir.

Tels sont bien les effets des quotas d'expulsions demandés aux préfets.
On peut continuer de croire que celles-ci multiplient les efforts pour débusquer
les clandestins et démanteler les réseaux mafieux qui font fortune sur la misère du monde ; mais n'est-il pas plus facile de prendre ceux que l'on connaît parce qu'ils vivent en accord avec nos lois, et de les transformer du jour au lendemain en sans-papier ?

A vous de vous faire une opinion mais pour ma part, je ne peux me résoudre à faire de madame B. ou de monsieur S. des criminels.

Publié dans Politique

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Lyonnitude(s) 01/10/2007 09:45

je suis en pleine lecture de "aprés l'Etat-Nation" du grand Habermas et ce que tu décris me fait penser à son passage sur le fait que l'Etatet  le gouvernement, pour montrer qu'il ont une légitimité, en font des tonnes sur l'immigration afin de prouver qu'ils sont encore capable de faire de la politique dans un cadre d'économie mondialisée.La chose sert aussi à légitimer la nation en ntant qu'objet  ajouterais-je.